Il y a deux ans, je vous proposais des recueils de partitions, l’an dernier c’était de beaux livres … et bien, cette année je vous propose de vous offrir ou de vous faire offrir un peu de lecture ….
Noël 2025 – 3 idées cadeaux pour les amoureux de la musique
Chopin vu par ses élèves

Ayant très peu joué en public, Chopin a considéré l’enseignement moins comme une servitude liée aux ressources qu’il lui procurait que comme une part essentielle de son art. Sa vocation de pédagogue s’inscrit dans le prolongement de sa création, de sa manière d’envisager la composition et de son esthétique musicale. Les meilleurs élèves ont d’ailleurs insisté sur le côté initiatique de son enseignement.
Les témoignages recueillis, les souvenirs rédigés de ceux qui ont eu le privilège de recevoir son enseignement constituent une source multiple, que Jean-Jacques Eigeldinger examine avec minutie et dont il tire des conclusions éclairantes. Il se fonde également sur les partitions qu’ont possédées les élèves, les annotations que le maître y a portées?L’interprétation s’en trouve ainsi singulièrement éclairée.
Ce recueil de documents commentés, fruit de recherches menées pendant plusieurs décennies, souhaite ouvrir à une meilleure compréhension de l’héritage qu’a laissé le prince des pianistes. Cet ouvrage, qui a connu de précédentes éditions, paraît ici dans une nouvelle version, mise à jour et enrichie des plus récentes découvertes de l’auteur. Il comporte de nombreux documents iconographiques.
Vous avez dit Baroque ?

“La musique baroque a désormais conquis son public, un public étonnamment large et divers : et c’est un autre aspect, non moins curieux, et non moins inexplicable, de sa résurrection, où se croisent psychologie, sociologie, et quelques autres domaines des sciences humaines. Pourquoi aime-t-on tellement cette musique ? Pourquoi une telle demande ?”
Philippe Beaussant, dans cette nouvelle édition de son livre paru chez Actes Sud en 1988, complète sa réflexion sur le renouveau du baroque, dont il fut l’un des principaux artisans, par une analyse de son succès… En atteste, avec Tous les matins du monde, “l’intrusion de la viole de gambe dans le paysage audiovisuel français”.
Mais loin de crier triomphe, l’auteur interroge l’avenir, ouvre des perspectives, pose de nouvelles questions. D’où il ressort que le “baroque” pourrait bien cesser d’être une mode pour continuer de gagner la place qui lui revient dans le patrimoine musical et artistique.
L’invention de la musique moderne

En 1913, à deux mois d’intervalle et aux deux extrémités de l’Europe, deux concerts de musique classique déclenchent les pires scènes d’émeute qu’on ait jamais vues dans ce monde d’habitude très guindé. En mars d’abord, à Vienne, des œuvres de Schoenberg, Berg et Webern déclenchent un véritable pugilat au cours duquel la police doit séparer partisans et opposants de cette musique terriblement dissonante.
En mai, ensuite, à Paris, c’est la création du Sacre du printemps de Stravinsky qui dégénère en bataille rangée dans le tout nouveau Théâtre des Champs-Élysées. Aujourd’hui encore, ces deux soirées restent connues comme les plus grands scandales de l’histoire de la musique dite « savante ».
Ces esclandres n’ont pas eu lieu fortuitement. Ils se produisent à un moment où l’Europe artistique et culturelle est en ébullition. Dans tous les domaines – peinture, sculpture, musique, architecture, danse, littérature, philosophie, sciences –, les formes et les certitudes héritées des siècles passés sont malmenées, remises en question, piétinées. Le cubisme de Picasso, l’expressionnisme de Kandinsky, le ready-made de Duchamp, la relativité d’Einstein, la psychanalyse de Freud : partout, la subjectivité et l’abstraction font irruption sur le devant de la scène.
Pour nous faire vivre ces deux soirées historiques, deux personnalités, parmi une profusion de témoins : Stefan Zweig, à Vienne, et Jean Cocteau, à Paris. Jeunes écrivains à l’époque, connectés à tous les artistes de leur temps, fous de musique, ils sont les mieux placés pour nous faire sentir le basculement d’une société héritée du XIXe siècle vers celle que nous connaissons aujourd’hui.
Ce que racontent ces deux concerts-scandale de Paris et Vienne, c’est la naissance de l’art moderne. Un art plus difficile d’accès, qui ne caresse pas l’auditeur ou le spectateur dans le sens du poil. Un art qui ne se pose pas la question du beau dans les mêmes termes qu’avant. Un art qui, en définitive, prend le parti de laisser sur le bord de la route une grande partie du public, rebuté par un langage qui lui devient étranger. C’est ainsi que, pour beaucoup ‒ et c’est un paradoxe ‒, la musique s’est arrêtée en 1913.
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